Karen Bennett
La luminosité non-durable du sens : Réflexions sur le tournant matériel dans les études de traduction et ses implications intradisciplinaires
Karen Bennett
NOVA-FCSH / CETAPS, Lisbonne
Résumé :
Cet article défend que le tournant matériel et de support dans les études de traduction (d’abord annoncé par Littau en 2011), est une révolution de la plus grande magnitude, déclenchant des implications significatives pour toutes les branches de notre champ d’activité. Si la « signification » d’un texte ou d’une déclaration est expressément liée à la forme dans laquelle elle se présente, alors cela devient impossible de l’extraire proprement de ce support et de le transporter entièrement dans un autre environnement. Les conditions sémiotiques sur lesquelles la traduction se base de manière générale [le fait que les signes soient arbitraires (Saussure 1959) et la séparation du signe et du référent (Frege 2011)], s’effondrent et nous sommes transportés dans le royaume de la motivation et de la performativité, où la langue est utilisée pour d’autres fonctions que celle de la communication.
L'article commence par une enquête sur le processus historique de désincarnation qui s'est mis en marche il y a plus de deux mille ans avec l'apparition du "signifié transcendantal" (Derrida, 1998) (et qui est arrivé à son apogée lors de la révolution numérique qui a permis à des artefacts d’être enregistrés sur le Cloud ou téléchargés dans des dossiers si légers qu’on peut les transporter dans des téléphones) avant de se concentrer sur le contrecoup représenté par le « tournant matériel » et ses implications sur les études de traduction (dont les développements tels que la multimodalité, la traduction intersémiotique, l’hétérolinguisme, et l’intraduisible).
Mots clés : matérialité, traduction, sémiotique, multimodalité, iconicité, (in)traduisible
Biographie :
Karen Bennett est maître de conférences en traduction dans l’université Nova, à Lisbonne, et chercheuse au Centre pour l’anglais, la traduction et les études anglo-portugaise (CETAPS), où elle coordonne l’équipe de traductionalité. Elle est la rédactrice en chef du journal Translation Matters et membre du comité de rédaction de la série de Approaches to Translation Studies de Brill. Ces publications récentes comprennent Hybrid Englishes and the Challenges of and for Translation (Routledge 2019), co-édité avec Rita Queiroz de Barros, et des numéros hors-série dans Intersemiotic Translation (Translation Matters 1.2), Translation Under Dictatorships (Translation Matters 2.2) et International English and Translation (The Translator 23.4).
The unsustainable lightness of meaning: Reflections on the material turn in Translation Studies and its intradisciplinary implications
Karen Bennett
NOVA-FCSH / CETAPS, Lisbon
This paper argues that the material or medial turn in Translation Studies (first announced by Littau in 2011) is a revolution of the greatest magnitude, bringing profound implications for all branches of our field. For if the ‘meaning’ of a text or utterance is expressly bound up with the form in which it presents itself then it becomes impossible to extract it cleanly from that medium and transport it wholesale to another environment. The semiotic conditions upon which translation is ordinarily based – the arbitrariness of the sign (Saussure 1959) and separation of sign and referent (Frege 2011) – collapse and we move into the realm of iconicity and performativity, where language is being used for functions other than communication.
The paper begins by surveying the historical process of disembodiment set in motion over two thousand years ago with the onset of the “transcendental signified” (Derrida, 1998) – and which culminated in the digital revolution that enabled artefacts to be stored on clouds or downloaded in files so light they can be transported on a phone – before focusing on the backlash represented by the “material turn” and its implications for Translation Studies (including developments such as multimodality, intersemiotic translation, heterolingualism, and untranslatability).
Keywords: materiality, translation, semiotics, multimodality, iconicity, (un)translatability
Biosketch:
Karen Bennett is Associate Professor in Translation at Nova University, Lisbon, and a researcher with the Centre for English, Translation and Anglo-Portuguese Studies (CETAPS), where she coordinates the Translationality strand. She is general editor of the journal Translation Matters and member of the editorial board of the Brill series Approaches to Translation Studies. Her recent publications include Hybrid Englishes and the Challenges of and for Translation (Routledge 2019) co-edited with Rita Queiroz de Barros, and special issues on Intersemiotic Translation (Translation Matters 1.2), Translation Under Dictatorships(Translation Matters 2.2) and International English and Translation (The Translator 23.4).